La campagne officielle est désormais ouverte pour els élections européennes du 7 juin prochain. Retrouvez le discours de F. Bayrou prononcé à la convention européenne de samedi dernier.

 
 

23 mai 2009

Le Président du Mouvement Démocrate clôturait la Convention nationale pour l'Europe du Mouvement Démocrate, qui avait lieu le samedi 23 mai à l'hôtel Marriott à Paris.

"L'essentiel a été dit... Plus exactement l'essentiel a été vu, c'est-à-dire que notre mouvement démocrate pour l'Europe a présenté aux Français une équipe comme je crois aucune autre dans cette campagne électorale, aucune autre de vigueur, aucune autre d'expérience, aucune autre de force et de réputation, aucune autre pour être entendue au sein des futurs débats du Parlement européen.

Je veux vous dire à quel point je suis fier de ce que nous avons assumé et qui est un profond renouvellement des visages, des parcours de ceux qui vont nous représenter à Strasbourg et à Bruxelles. (Lire la suite)


Au passage, permettez-moi de dire qu'il n'y a qu'une seule équipe qui défende réellement la présence et, s'il le faut, la présence renforcée du Parlement européen à Strasbourg. Tous les autres ou bien se taisent et n'en parlent pas, ou bien font ouvertement campagne pour que le Parlement européen soit déménagé de Strasbourg à Bruxelles.

Strasbourg, symbole de la paix en Europe, symbole de la représentation des peuples européens, est la capitale européenne et doit demeurer le siège du Parlement européen

Je voudrais simplement rappeler, devant vous, qu'il y a, pour moi, pour nous, trois raisons profondes de rappeler ou d'exiger que le Parlement européen siège à Strasbourg et, s'il le faut, siège plus encore qu'il ne le fait aujourd'hui.

La première, on a l'air de l'oublier, mais je ne l'oublie pas, c'est que les pères fondateurs ont inscrit Strasbourg dans le traité et ce n'est pas par hasard. C'est parce que, symboliquement -et pour moi vous savez combien les symboles sont importants- il était crucial, il était de fondation pour l'Europe de placer le siège de son parlement au lieu qui avait été le plus déchiré, le plus blessé, le plus lacéré par les guerres qui venaient de s'écouler et dont on voulait sortir.

Strasbourg est un symbole qui dit l'essentiel de la première étape de l'Europe, qui est la paix.

Deuxièmement, il est très important pour la France que Strasbourg assume ce rôle-là. C'est très important pour l'Alsace, n’est-ce pas Yann Wehrling, c'est très important pour notre pays de continuer à non seulement revendiquer mais à prouver que nous avons ainsi cette aspiration.

Troisièmement, je sais bien que c'est un argument qui n'est jamais utilisé mais je voudrais le formuler devant vous : parce que cela montre que la logique de représentation des peuples n'est pas exactement la même que celle des institutions qui représentent le gouvernement, ou qui représentent la Commission européenne. Je trouve très important pour l'avenir qu'il y ait une sensibilité politique, en France et ailleurs en Europe, qui revendique que la logique de représentation des peuples dans les décisions européennes soit reconnue à part entière, et que plus personne ne puisse confondre, comme on le fait habituellement, Bruxelles et Strasbourg. Parce que je considère qu’aux États-Unis, par exemple, cela a fait un très grand mal aux institutions fédérales d'être toutes ensemble localisées à Washington.

Je trouve indispensable que les peuples aient une capitale et que cette capitale soit Strasbourg. C'est symboliquement important pour notre pays et décisif pour l'avenir de l'Europe et la représentation que les citoyens s'en font peut-être.

C'était une parenthèse, mais je voulais l'ouvrir au début puisque cela venait ainsi dans mon propos.

Bâtir notre Europe, c’est aussi défendre le modèle de société de la France

Deuxièmement, cette élection européenne est décisive, non pas pour une famille politique, non pas même pour un projet, sûrement pas pour une échéance, mais parce qu'elle permet à nos concitoyens de répondre à la question même qui est celle qu'ils se posent aujourd'hui et cette question est : quel est le projet de notre avenir ? Quel est le modèle de société selon lequel nous voulons vivre ? Que sommes-nous en train de construire ?

Cette question, ne vous trompez pas, taraude comme jamais le coeur, l'esprit et l'âme, je le crois, de notre peuple et de nos concitoyens.

Voyez-vous, j'ai la chance -je ne sais pas s'il faut dire la chance ou la charge- d'avoir assumé des responsabilités politiques depuis longtemps. Jamais, dans les années que j'ai vécues aux responsabilités politiques, je n'ai vu le peuple français dans l'état de désespoir et de résignation dans lequel des pans entiers sont en train de s'enfoncer.

Désespoir et résignation… Si on voulait employer un mot un peu philosophique, Jean-François, je dirais : l'état de déréliction dans lequel il se sent. Déréliction, c'est la situation de celui qui n'est plus relié à ceux qui devraient le représenter, le conduire et l'inspirer. C'est cette absence de lien qui est, à mon sens, désormais, aussi profonde.

J'énumère, devant vous.

L'Éducation nationale est un pilier de la France auquel nous sommes plusieurs ici à avoir donné beaucoup de notre vie. C'est essentiel pour chacune des familles. S'il y a un lieu où "Liberté, Égalité, Fraternité" s'incarne, c'est à l'école. Nous avons un modèle d'école qui ne ressemble à aucun autre. Nous sommes le seul pays à avoir une école maternelle et je suis bien heureux que nous assumions cette différence et l'Éducation nationale se sent abandonnée comme jamais, plus encore qu'abandonnée, niée dans ses raisons d'être.

Il faut que vous compreniez. Je ne m'exprime pas souvent à propos du ministre de l'Éducation nationale comme vous le savez, parce que j'ai longtemps conservé des pudeurs sur ce sujet. Mais quand j'entends cette semaine le ministre de l'Éducation nationale présenter le projet du gouvernement destiné, dit-il à faire réfléchir, l'idée que la grande réforme à venir va être de transformer les principaux et proviseurs de collège et de lycée et les inspecteurs d'académie en officiers de police judiciaire pour que l'on puisse, dans notre pays, commander des fouilles à l'entrée des établissements, à la place de policiers… Alors, je me dis que l'on a complètement abandonné l'idée même de ce qu'est l'éducation et je rappelle à ceux-là que l'éducation n'est pas la loi du plus fort. L'éducation, c'est la loi du plus juste. (Applaudissements...)

Le pire du pire, c'est qu'évidemment, cela ne se fera pas et ils le savent très bien ! Ils ne le disent pas pour le faire, ils le disent parce qu'ils croient que cela va leur rapporter des voix dans 15 jours. C'est à nouveau une posture électorale.

Mais imaginez-vous qu'il y a beaucoup d'enseignants -j'aimais le vieux mot d'instituteur mais maintenant c'est professeur des écoles- beaucoup de professeurs, beaucoup d'éducateurs, beaucoup de psychologues, un million de femmes et d'hommes qui ont donné leur vie pour être des éducateurs et non pas des officiers de police judiciaire ! Ce que l'on met en cause, ce sont les piliers mêmes de la maison !

Alors, vous prenez l'éducation, vous prenez l'université… On a laissé l'université en décomposition. Depuis des mois, le plan du gouvernement, ce n'est pas d'offrir une issue à la crise universitaire, mais que la crise universitaire se décompose et que, au bout du chemin, il ne reste que des décombres et du chaos, à partir desquels on pourra faire table rase d'un certain nombre de principes auxquels la France tient.

On nous annonce que le ministère de la Recherche va être désormais -c'est dans tous les journaux- confié à Monsieur Allègre. Le ministère de la Recherche va être soumis aux impératifs de l'industrie !

On nous cite des exemples japonais ou je-ne-sais-quoi… Je demande que l'on réfléchisse. Vous allez créer des vagues de désarroi à l'intérieur de la communauté des chercheurs, parce que la France est un pays qui considère que la Recherche a un sens « en soi » et qu'elle ne se justifie pas uniquement par la soumission aux impératifs de la technologie et de l'industrie !

Ce sont des principes qui sont en cause. Ce ne sont pas des principes idéologiques. Il n'y a pas d'idéologie, derrière tout cela, mais une vision pour laquelle des millions de femmes et d'hommes ont donné leur vie.

Prenez l'hôpital, et je pourrais parler de la médecine libérale qui est exactement dans le même désarroi… La décision prise -je ne sais pas très bien où nous en serons dans les jours qui viennent- a été de faire que l'hôpital soit uniquement soumis à une gestion administrative et financière, et que l'on excluait les représentants des médecins et des personnels soignants de la réflexion sur l'avenir de l'hôpital, était une décision qui niait les principes et les valeurs mêmes qui sont ces valeurs pour lesquelles tant de femmes et d'hommes se sont engagés à l'hôpital.

Si vous prenez la justice, si vous prenez la situation des agriculteurs qui vivent, pour beaucoup d'entre eux, à la limite du seuil de pauvreté... Bien sûr, ils ont des tracteurs cela se voit ; ils ont des propriétés cela se voit. Mais leur vrai revenu est un revenu qui est à la limite du seuil de pauvreté, pour beaucoup de familles de paysans en France, et qui tout d'un coup voient -je parle des producteurs laitiers- s'effondrer leur niveau de vie non pas parce qu'il y a eu des accidents industriels, non pas parce qu'il y a eu une baisse de la consommation, pour rien de tout cela… Simplement parce qu'il y a eu une décision du gouvernement français qui a décidé, alors qu'il y a quelques mois la question était celle du pouvoir d'achat, d'interdire le travail constant qui était effectué, depuis des décennies, entre industriels laitiers et producteurs laitiers, afin que l'on puisse fixer des prix de référence qui effacent les plus bas, et en même temps lissent les plus hauts. C'était une sécurité pour les industriels et pour les agriculteurs. Une décision du gouvernement français a décidé de supprimer cette organisation. Les prix se sont effondrés.

Avez-vous constaté quelque part que le prix des yaourts ou le prix des fromages ou le prix des produits laitiers avait baissé ? Cela s'est fait au détriment de toute une filière qui se trouve aujourd'hui en situation de désarroi absolu. C'est une décision idéologique à mettre uniquement à la charge du gouvernement français et je pourrais ainsi accumuler les secteurs du pays.

Contre le désespoir et la résignation : l’expression du peuple par le vote

Désarroi, désespérance et, bientôt, résignation. Car je me joins au nombre de ceux qui disent et pensent qu'ils constatent sur terrain, sur les marchés ou dans les rencontres, que beaucoup de Français en sont au point où ils disent : "Mais à quoi cela sert désormais, par exemple, de manifester ?"

Les étudiants dont Robert Rochefort parlait, dont je témoigne qu'ils existent, disent : "On est sortis dans la rue, une fois, deux fois, trois fois, cinq fois, dix fois... Personne ne nous a entendus. Comment pouvons-nous nous faire entendre ?"

Cette résignation n'est pas le fait du hasard. Ce désespoir n'est pas venu par accident. C'est exactement ce que cherchent ceux qui, aujourd'hui, ont la responsabilité du pouvoir en France. Et je considère que ce n'est pas la moindre des crises qu'ils ont ouverte que cette crise de l'espérance transformée en désespoir. (Applaudissements...)

À tous ceux qui disent : "Que peut-on faire ?", puisque nous sommes en conclusion de cette journée, il n'y a qu'une réponse à apporter : "Que pouvez-vous faire ? Vous pouvez vous servir de votre bulletin de vote le 7 juin."

Nous qui sommes démocrates, nous qui sommes républicains, nous considérons qu'il existe toujours un recours contre les abus de pouvoir, tous les abus de pouvoir : abus de pouvoir politique, abus de pouvoir idéologique, abus de pouvoir d'installation de réseaux. Il existe toujours un recours et ce recours, c'est le peuple.

Un seul vote pour envoyer deux messages…

Puisque le peuple français va s'exprimer comme les autres peuples européens le 7 juin, je l'encourage à le faire en fonction de la vision qu'il a de son présent et de l'idéal qu'il porte sur son avenir. Exprimez-vous le 7 juin, et le 7 juin, coup de chance formidable, vous pouvez avec un seul bulletin, envoyer deux messages qui seront deux messages impossibles à ignorer. Et je vous invite à considérer ces messages dans l'ordre parce que le premier, pour moi, est le plus important.

Le premier message est un message à ceux qui vont construire l'Europe. C'est un message pour leur dire : l'Europe dont nous avons besoin est une Europe qui croit en elle, et si elle croit en elle, alors elle croira en nous. L'Europe dont nous avons besoin est une Europe qui quitte les rivages dans lesquels elle s'est enfermée pendant trop longtemps.

Je le dis à cette tribune qui a été -c'est une métaphore mais après tout- celle des fondateurs de l'Europe. Ici, se sont exprimés les fondateurs de l'Europe. Ici, se sont exprimés des hommes... Si j'avais à faire un panthéon du siècle, je les mettrais en premier. Je mettrais au panthéon du siècle, en premier, Robert Schuman. (Applaudissements...)

Je voudrais vous dire pourquoi. Chez tous les hommes d'État, chez tous les hommes d'histoire, il y a -et c'est normal- une part de haute idée d'eux-mêmes. Le général de Gaulle avait une haute idée de lui-même, Winston Churchill avait une haute idée de lui-même, et je pourrais continuer et faire le tour, il y en a un certain nombre qui ont changé la face du monde qui avaient une haute idée d'eux-mêmes. Robert Schuman est le seul que je connaisse qui ait changé le monde en ayant une idée humble, modeste, assumée de lui-même. C'est assez rare, me semble-t-il, pour qu'on le note et que l'on s'en souvienne.

Je ne fais aucun reproche à ceux qui ont une haute idée d'eux-mêmes… Je considère que c'est un devoir dans une vocation, que de penser que l'on ne va pas donner sa vie à de petites choses. On va la donner à de grandes choses, mais plus grands encore dans l'ordre de l'humanité sont ceux qui donnent leur vie à de grandes choses en se considérant eux-mêmes comme peu de chose.

Je n'en connais qu'un seul de cette espèce, et c'est pourquoi je le mettrai en premier. C'est donc Robert Schuman qui venait, le 9 mai 1950, prononcer des paroles d'histoire, des paroles définitives, à l'échelle des siècles, pour lancer la plus grande aventure que des peuples libres aient jamais connue entre eux, et qui en même temps, venait avec son petit sandwich glissé dans sa serviette, dans son papier d'aluminium comme on disait à l'époque et qui mangeait son sandwich dans le train, sans garde du corps. Au fond, il venait faire de très grandes choses avec le plus petit et le plus modeste viatique.

Cela venait de ce que, je crois, pour autant que l'on puisse en juger, ce n'était pas seulement un grand esprit, c'était aussi une grande âme. Pour moi, à un certain moment de l'histoire, l'âme pèse quelque chose. C'est pourquoi je trouve que, dans cette famille, nous ne devons jamais perdre -c'est la seule photo que j'aie dans mon bureau- le souvenir de Robert Schuman. Nous sommes la famille des fondateurs de l'Europe. (Applaudissements...)

Je mets Monnet sur le même plan, car ils sont tous les deux cofondateurs. Alors, c'est tout à fait autre chose. Il est flamboyant, connaît tous les décideurs de la planète, entre dans leur bureau sans frapper pour vendre les idées les plus spéculatives, les plus innovantes, les plus... bon... celles qui semblent ne jamais rencontrer de limites dans le possible.

Vous savez, Jean Monnet, en juin 1940, a proposé que France et Grande-Bretagne deviennent un seul pays avec un seul gouvernement et une seule citoyenneté... Je ne sais pas si vous mesurez ce que cela pouvait représenter en juin 1940, alors que la France était occupée… L'incroyable, c'est que le Gouvernement français a failli dire oui ! L'incroyable est que cela a presque failli arriver…

Jean Monnet ne voyait pas les limites du possible. Il avait une plus haute idée de lui-même. Disons la vérité, il n'était pas dans la modestie de Robert Schuman, mais c'est un homme considérable et qui méritait que son nom fût cité à cette tribune.

C'est une immense aventure que celle qui a été commencée là, la plus immense aventure de tous les temps. Et je suis prêt à toutes les controverses historiques avec toutes les personnes qui voudront soutenir le contraire, la plus immense aventure de tous les temps car c'est la seule fois que l'on a choisi comme sujet d'histoire, peuple faisant l'histoire, de renoncer à une part de la puissance apparente pour gagner une puissance réelle.

Cela ne s'est jamais fait. Je pourrais mettre une note en bas de page mais je ne la mettrai pas. D'habitude, une monnaie n'est pas autre chose que le signe de la domination d'un peuple sur un autre. Vous avez une invasion, les envahisseurs et les conquérants deviennent vainqueurs, ils s'installent dans le pays qu'ils ont vaincu et la première chose visée est de battre monnaie pour imposer sa domination à l'autre.

L'Europe, c'est la première fois que des peuples libres ont choisi en commun, sans contrainte, sans suggestion extérieure, pas par la force mais par la volonté de mettre en place une monnaie nouvelle et qui, peu à peu, s'impose à la surface de la planète comme une monnaie de premier rang.

Cette immense aventure-là, nous en somme comptable et le premier message à envoyer pour les citoyens concerne donc ce que, en tant que peuple de l'Europe, nous voulons qu'elle soit. C'est un choix déterminé de notre part. Nous voulons que l'Europe devienne une volonté, pas seulement qu'elle se satisfasse d'être une Europe entre nous, une Europe où l'on fait de bons échanges et où l'on vote, si l'on peut, des règles juridiques de plus en plus compatibles.

Cela, c'est le projet. Je ne dis pas qu'il soit négligeable, mais c'est le projet de ceux qui, depuis le début, ont voulu empêcher la construction européenne de trouver son plein développement. Vous le savez bien, c'est le projet de la zone de libre-échange, le projet de ceux qui voulaient que l'Europe soit du commerce et pas autre chose. Je suis sûr qu'ils étaient prêts à accepter d'aller jusqu'à une monnaie, même si cela les agaçait et si cela les agace encore, mais leur projet était que nous nous contentions de cela.

Cependant, cela n'a depuis le début, pas été le projet des fondateurs de l'Europe.

Nous voulons une Europe de la progression, une Europe « volonté»…

Il me semble qu'aujourd'hui, nous avons l'immense devoir de comprendre que le choix devant nous est une Europe de la stagnation contre une Europe de la progression. Je vous propose que nous choisissions d'être l'Europe de la progression, d'imposer à l'Europe d'être celle de la progression.

Pourquoi est-ce que je défends cette idée devant vous ? Parce que nous n'avons pas seulement besoin d'une Europe qui marche tant bien que mal, nous n'avons pas seulement besoin d'une Europe où l'on s'arrange, pas trop mal, entre voisins. Nous avons besoin d'une Europe qui décide de dessiner, à sa place et dans sa responsabilité, l'avenir de la planète.

Depuis longtemps, nous sommes de ceux qui utilisons les mots d’ « Europe puissance ». Je pense que ces mots, s'ils sont intéressants, sont cependant sujets à ambiguïté et je vous demande d'y réfléchir.

« Europe puissance », pour beaucoup, pour les Allemands en particulier, signifie quelque chose d'inquiétant et de désagréable, car cela les ramène à une partie de leur histoire durant laquelle la puissance a été, pour eux, un drame. Ils redoutent donc les puissances.

Ainsi, dans la constitution allemande si vous la lisez -et je suis très heureux que Sylvie ait rappelé qu'il y a soixante ans aujourd'hui même, jour pour jour, a été mise en place la Constitution du peuple allemand- vous pourrez lire que dans leurs choix, il y a toujours cette idée d'empêcher les puissances excessives et les déséquilibres de la puissance.

Je propose un autre mot. Je propose que nous choisissions de défendre l'Europe volonté, pas seulement l'Europe où l'on s'arrange entre voisins, mais l'Europe où l'on s'associe entre voisins pour parler au reste du monde et s'il le faut, pour parler du reste du monde.

« L'Europe volonté » c'est l'enjeu de cette élection. Je considère qu'il y a bien des risques que l'Europe demeure ce qu'elle est, c'est-à-dire une collection d'individualités gouvernementales qui jouent chacune leur carte, notamment leur carte médiatique, et qui s'en satisfont.

Je suis de ceux qui pensent qu'il n'y a rien de plus nuisible pour l'Europe. Et si quelqu'un veut suivre mon regard, j'accepte qu'il le suive, je dis qu'il n'y a rien de plus nuisible pour l'Europe que des gouvernants qui cherchent perpétuellement à tirer la couverture à eux.

L'Europe, ce n'est pas une confrontation médiatique dans laquelle les uns essaient de montrer qu'ils sont plus forts que les autres, plus influents que les autres, plus peuplés que les autres, plus riches que les autres, et que les autres sont obligés de les suivre.

L'Europe, c'est exactement le contraire, c'est une démarche dans laquelle on décide de marcher ensemble, du même pas, en considérant que tout le monde est à la même hauteur, les plus riches et les moins riches, les plus peuplés et les moins peuplés, les plus brillants et ceux qui choisissent d'avoir des attitudes plus humbles.

…une Europe « volonté » qui porte le modèle d’Europe « coopérative »

J'ai longtemps réfléchis au mot que nous utilisions pour cette idée de l'Europe volonté.

C'est une famille qui pendant longtemps a utilisé le mot "fédéraliste". C'était très compliqué. S'agissant de ce mot, vous trouverez des écrits nombreux où je le défends. Le mot de fédéraliste est très compliqué car, en France, ce mot signifie exactement le contraire de ce que les créateurs de ce mot ont voulu.

Les penseurs du fédéralisme voulaient que l'on vive selon le principe de subsidiarité, comme l'on disait. Vous vous souvenez de ce mot qui consiste à faire que nul ne s'arroge le droit de faire à la place de la base ce que la base pouvait faire elle-même. Nul ne devait faire à la place des régions, à la place des nations, à la place des pays. Ainsi, ne devait remonter au sommet que ce que l'on était incapable de faire soi-même.

C'était cela, le fédéralisme.

Manque de chance, en France, on a compris exactement le contraire et on a compris que cela voulait dire qu'il y avait une autorité au sommet, à Bruxelles, qui imposait sa loi à tous les autres sur toutes les questions jusqu'au fromage et aux tondeuses à gazon.

Cette idée-là nous a fait beaucoup de mal.

Je propose un autre schéma ou une autre idée qui correspond, elle aussi, à notre quotidien et notre expérience. Je propose que nous reconnaissions ou que nous comprenions que la démarche européenne est une démarche coopérative -tous à la même hauteur- mais décidée à agir ensemble pour régler ensemble des problèmes que l'on ne peut pas résoudre seuls.

L'Europe coopérative, c'est, me semble-t-il, le modèle que doit accepter, pour elle-même, l'Europe volonté. S'il y a un message Europe volonté/Europe coopérative, je suis persuadé que c'est celui que veulent la majorité des citoyens français.

Voilà pour le premier message. Nous allons vivre, dans cette législature, des crises au sens étymologique du terme, des moments où l'on va devoir choisir, des crises dont la solution sera trouvée pendant ces cinq ans, et si elle n'est pas trouvée pendant ces cinq ans, elle ne le sera pas après.

J'en cite plusieurs dont la politique agricole commune. Si l'on ne trouve pas d'ici 2013, la réponse pour en sauvegarder les principes, dans les contraintes extraordinaires où nous allons être, nous allons passer à côté de l'histoire et, ne vous trompez pas, il n'y aura plus d'agriculture française comme nous avons voulu qu'elle soit !

C'est cela qui est en jeu. C'est moins la production agricole de toute l'Europe que le tissu de l'agriculture française.

Deuxièmement, on va vivre, je le crois, une crise monétaire de première ampleur dans le monde. Une crise monétaire internationale, et si l'Europe n'est pas là pour donner les principes d'un nouveau Bretton Woods, comme l'on dit, c'est-à-dire d'une nouvelle alliance internationale pour mettre un peu de stabilité entre les monnaies où règne aujourd'hui l'instabilité, nous allons manquer à notre devoir et nous allons avoir, nous, Européens, un grave accident, si je ne me trompe pas.

Troisièmement, pendant ces cinq ans va se jouer quelque chose de vital pour l'avenir de l'Afrique. Ne vous trompez pas, l'Afrique est devenue le champ clos des grandes puissances. Elle est misérable, elle est abandonnée, elle est dans le dénuement et dans le dénuement croissant… Mais les prédateurs sont là pour se disputer les matières premières ! (Applaudissements...)

Les représentants de la Chine, redevenue empire, ne sont pas en Afrique par hasard. Ils sont en Afrique car ils pensent aux risques d'une immense crise des matières premières, et ils échangent la protection au Conseil de sécurité de l'ONU, leur droit de veto au Conseil de sécurité de l'ONU, pour défendre un certain nombre de dictateurs contre la garantie de fourniture de matières premières. C'est cela qui se passe.

Et ne vous trompez pas non plus, les États-Unis ne sont pas en reste.

Que manque-t-il à l’Afrique ?

Il lui manque une voix européenne pour défendre exactement le contraire de cela. À savoir non pas la sécurité des prédateurs mais la sécurité de ceux qui sont agressés, non pas la sécurité et l'avenir des puissants qui viennent se déchirer sur le territoire de cette misère, mais de ceux qui au contraire diront qu'ils veulent que l'Afrique se développe, tout comme l'agriculture africaine, avec les agriculteurs africains, ainsi que l'industrie africaine, avec les PME africaines, ceux qui diront qu'ils veulent que les paysans africains nourrissent les consommateurs africains, et que les producteurs africains équipent les consommateurs africains.

Nous ne demandons rien d'autre pour nos voisins et nos frères africains que ce que l'on a donné à l'Europe au lendemain de la deuxième guerre mondiale. (Applaudissements...)

Il va se jouer pendant ces cinq années un enjeu essentiel en matière d'environnement, de protection du patrimoine, dont il a été longuement question à cette tribune. En effet, si l'Europe n'est pas là, alors ne vous trompez pas, personne ne défendra cette idée si élevée qui consiste à considérer que nous ne sommes pas les propriétaires du monde ou les usagers du monde, mais que nous sommes là, si la vie a un sens, pour transmettre le monde à ceux qui nous succéderont et pouvoir les regarder dans les yeux si nous sommes encore là pour le faire.

Voilà pourquoi il importe d'avoir des députés européens engagés et qui savent ce qu'ils vont défendre. Voilà pourquoi ils sont là, voilà pourquoi nous sommes fiers, et voilà pourquoi nous sommes engagés tous les jours.

Je vais donner un deuxième message beaucoup plus court.

Dans toutes les décisions qui concernent notre avenir, toutes sans exception, il y a deux clés, comme une serrure de sécurité, qu'il faut ouvrir avec deux clés, sinon elles ne s'ouvrent pas.

La première clé c'est la clé nationale, la clé française, et la deuxième clé c'est la clé européenne. Si vous n'avez pas les deux clés, vous n'avez rien.

De sorte que les bonnes âmes qui essaient tous les jours de nous convaincre que nous n'aurions pas le droit de parler de France dans cette campagne européenne, ces bonnes âmes-là nous les récusons et nous leur disons : excusez-nous, quels que soient vos préférences et vos choix dont nous comprenons bien les arrière-pensées, nous avons, nous, l'intention de parler en même temps de France et d'Europe, parce que la France et l'Europe c'est la même chose, et pas seulement parce que la France est en Europe, mais parce qu’une grande partie du destin européen va dépendre des décisions françaises.

Je suis étonné de voir des personnes qui se présentent comme vraiment des experts de la vie européenne oublier que toute décision européenne est soumise à deux instances et qu'il faut réaliser l'accord entre les deux.

La première instance est le Parlement européen, représentant des peuples européens. Et la deuxième instance, à égalité, le Conseil européen, conseil des ministres ou conseil des chefs d'État et de gouvernement, dont l'accord est requis pour qu'une décision européenne soit prise.

Il n'y a pas de décision européenne qui puisse être prise sans l'accord du gouvernement français.


Il est donc légitime de se poser la question du gouvernement français, quand on parle de l'avenir de l'Europe. Ce n'est pas légitime, c'est indispensable.

Par exemple, nous sommes nombreux à être insatisfaits de la manière dont la Commission européenne a joué son rôle dans les dernières années. Et nous sommes donc nombreux à dire que nous ne souhaitons pas que Monsieur Barroso réédite sa "performance" à la tête de la Commission européenne.

Nous connaissons très bien Moniseur Barroso. Je le connais très bien du temps où il a été militant maoïste. Il est devenu ultra-libéral. C'est une trajectoire qui n'est pas si rare qu'on le croit…

Monsieur Barroso dont nous savons le pedigree, était celui qui a accueilli les quatre gouvernants dirigeants européens, qui avaient décidé de soutenir Bush au moment de la guerre en Irak. Sur le tarmac de l'aéroport, il y avait Monsieur Blair, nous le regrettons, Monsieur Berlusconi, cela ne nous étonne pas, Monsieur José-Maria Asnar, et Monsieur Barroso.

Quelque chose me dit que ce n'est pas étranger au fait que Monsieur Barroso soit, aujourd'hui, à la tête de la Commission européenne… Raison de plus, pour nous, de poser cette question.

J'en profite pour dire que Monsieur Barroso m'a mis en cause -on va dire cela ainsi- dans les colonnes du Monde, en m'accusant à juste titre de ne pas soutenir sa candidature, et en s'en émouvant. Titre de gloire, c'est très important, il y a dix dirigeants européens qui se sont prononcés contre Monsieur Barroso, et je suis heureux que Monsieur Barroso n'en ait entendu qu'un, et je préfère que nous soyons celui-là.

Je reviens à Monsieur Barroso. Tout le monde sait que Monsieur Barroso est pré-désigné comme président de la Commission européenne, qu'il a été pré-désigné par les gouvernements du Parti Populaire Européen en présence de Nicolas Sarkozy. Et il a été pré-désigné par les gouvernements du Parti Socialiste Européen !

Il n'est pas illégitime que nous disions ici, en France, que si le gouvernement français disait non à Monsieur Barroso, Monsieur Barroso ne serait pas retenu comme président de la Commission européenne. Vous voyez bien qu'il importe de nous interroger sur la manière dont notre pays est gouverné, pas seulement pour chez nous, mais pour l'avenir de l'Europe.

Nous voulons décliner en Europe notre projet de société pour la France : un projet de société républicain et solidaire

Enfin, dernier point : j'ai dit premier message avec le même bulletin sur l'avenir de l'Europe et le deuxième message est sur la France et la manière dont elle est gouvernée.

Ce message est très profond.

J'ai dit « projet de société ». Ceux qui d'entre vous m'ont fait l'amitié de lire ce livre que je viens de sortir et que les Français accueillent avec tant de sympathie, ceux-là auront compris que, dans le ce livre, il ne s'agit pas d'une attaque contre un homme, mais contre un projet de société que ce pouvoir est en train de mettre en place. Ce projet de société est le même pour la France et pour l'Europe.

Nous considérons, nous, qu'il y a confrontation dans la mondialisation et qu'il va y avoir confrontation dans la mondialisation entre deux visions des sociétés contemporaines : d'un côté, les sociétés individualistes, inégalitaires qui ont été mises en place ces dernières décennies, notamment sous la responsabilité du président Bush aux États-Unis, individualistes et inégalitaires et nous, nous défendons le contraire, un projet républicain solidaire.

Ce projet solidaire doit inspirer le projet de l'Union européenne. C'est la même chose, ce sont les mêmes valeurs et les mêmes principes. Je crois que l'on pourrait, si on voulait étudier en profondeur, voir que par exemple le modèle rhénan est très proche du modèle solidaire que nous défendons pour la France. Chacun avec ses valeurs, préférences, histoire, identité, mais au fond, c'est le même projet.

Cela veut dire que nous allons faire du progrès le principal agent de progrès technologique et économique, le principal agent du progrès social, et nous le revendiquons.

Au contraire, l'autre projet inégalitaire, que j'ai appelé pendant la campagne électorale le projet américain parce que c'était Bush qui était à la tête de ce projet à l'époque, est un projet qui revendique que les inégalités augmentent, parce qu'il pense queplus il y a d'inégalités, plus on a intérêt à faire avancer la technologie, le projet, les connaissances.

Le progrès par l'inégalité, d'un côté, le progrès contre les inégalités, de l'autre, c'est une immense confrontation. Aujourd'hui, elle prend tout son sens, parce que le premier projet s'est effondré sous nos yeux.

Il a fait 5 000 milliards de dollars de destruction de valeurs. Il va faire des centaines de millions de chômeurs dans le monde. Il va faire beaucoup de misère. Il va produire beaucoup de faim, dans le monde, beaucoup de désespoir. Et c'est la raison pour laquelle nous avons aujourd'hui, non pas le droit, mais le devoir de défendre le projet qui est le nôtre, depuis des décennies, que nous appelons, en France, projet républicain, que d'autres appellent projet d'économie sociale, mais au fond, l'inspiration est la même.

Nous avons le devoir de défendre ce projet et d'affirmer à la face de tous ses contempteurs que, contrairement à ce qu'ils disaient, ce n'est pas un projet d'arrière-garde, c'est un projet d'avant-garde. C'est nous qui sommes en avant. C'est notre projet qui est le projet juste. C'est celui-là qu'il convient de défendre : France, Europe, et France.

Dernier point : en France, il faut envoyer un petit message de politique intérieure. C'est un message que je mets à sa place. Je n'en fais pas le message essentiel, mais c'est tout de même un formidable plaisir que de pouvoir, par le même bulletin, non seulement dire que l'on croit à l'Europe, non seulement dire qu'il faut changer les orientations de la politique qui gouverne la France, mais encore d'envoyer un petit signal au parti au pouvoir pour dire que l'on n'accepte plus ses dérives, et au principal parti de l'opposition pour lui rappeler qu'il va falloir qu'il se bouge et que notamment, il accepte qu'en France les choses changent.

J'ai entendu le leader du principal parti d'opposition, le PS, prétendre qu'elle ne revendiquait plus le rôle de premier opposant en France. Je comprends qu'elle ne le revendique plus parce qu'il me semble qu'elle aurait, dans l'état actuel de la formation qu'elle dirige, assez peu de chance de l'obtenir.

Mais je prétends que nous avons, nous en tout cas, devoir d'opposition quand l'essentiel est en jeu ! Et s'il n'en reste qu'un, de parti politique qui accepte le devoir d'opposition, nous l'acceptons et nous le revendiquons.

Vous voyez c'est très simple. Vous allez avoir sur la table en Région parisienne, Marielle, 28 bulletins, dans le Sud-Ouest 18 bulletins, etc. Vous allez avoir des dizaines de bulletins sur la table. Imaginez-vous la table de vote.

Pour ceux qui le voudront, et je crois qu'ils sont majoritaires, envoyez un triple message en un seul bulletin :

- message de foi dans ce que l'Europe devrait être, de rappel aux dirigeants européens pour qu'ils bâtissent une Europe qui en vaille la peine et pas une Europe qui stagne ou qui recule,

- message aux gouvernants actuels en leur disant "nous n'acceptons pas vos dérives",

- message au principal parti ou celui qui se présente comme tel, de l'opposition, en disant que cela ne va plus et qu'il va falloir qu'il bouge.

Trois messages, un seul bulletin, et il est très facile à reconnaître sur la table de vote : c'est le bulletin orange.

Tag(s) : #Europe

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