Pas de tilde pour Faňch


 

#Kemper Mercredi 13 septembre 2017

Le Tribunal d'instance de Quimper vient de rendre son verdict sur la question du signe diacritique non-autorisé dans la langue française pour le prénom du petit Faňch. La décision vise à rectifier l'acte d’État civil et d'enregistrer le prénom de l'enfant sans le tidle. Sous réserve de du détail du jugement intégral, voici ce que m'inspire à chaud cette décision et qui s'articule en trois points :

Le premier est de constater que l’État fait appliquer la circulaire de juillet 2014 sur les signes diacritiques autorisés dans la langue française, et réaffirme le droit applicable aujourd'hui en matière d’État civil. Le procureur est dans son rôle de faire appliquer les textes et de les placer dans le cadre juridique général français et européen. Le tilde n'est donc pas un signe autorisé dans ces actes d'état civil. Nous en prenons acte.

Le deuxième concerne bien évidemment la langue bretonne et son épanouissement dans la Bretagne et dans ce monde du 21e siècle. Il est utile de rappeler que les parents, choisissant librement le prénom de leur enfant, ont choisi un prénom breton qui répond à une graphie et une grammaire de la langue bretonne. Les linguistes l'affirment depuis des décennies et les érudits le confirment également aujourd'hui que le tilde est à la fois présent dans l'histoire de la langue française mais aussi dans les langues bretonne et gallèse depuis fort longtemps. Ainsi l'expression d'une langue régionale pourtant inscrite dans la constitution se heurte à une circulaire qui prend des références linguistiques que l'on peut discuter.

Le breton est une langue moderne et vivante toujours parlée aujourd'hui, qui fait partie intégrante de notre culture, qui est utilisée pour des créations contemporaines artistiques, littéraires, musicales… Ce n'est pas une langue morte. le combat pour le respect de la langue bretonne n'est donc pas accessoire. C'est un combat de plus à mener pour faire respecter la richesse et la diversité linguistique des langues de France, faire reculer cette uniformisation culturelle, et je ne m'étends pas sur l'hégémonie de la langue anglaise. Défendre la langue bretonne c'est aussi un combat culturel et politique.

En tant qu'élue au Conseil régional de Bretagne j'affirme que nous avons aussi la charge de représenter les populations de nos territoires, et de faire porter leurs plus profondes aspirations auprès des pouvoirs publics. En tant qu'élue quimpéroise, je réaffirme que nous avons devant les électeurs pris un engagement de faire de Quimper la capitale de la culture et de la langue bretonne, signée la charte Ya D'ar Brezhoneg, nous sommes donc cohérents avec nos engagements.

Le troisième point concerne par conséquent la nécessité de réformer ou transformer la circulaire ministérielle afin de permettre l'introduction des signes diacritiques des langues régionales dans les actes d'Etat civil. Pour cela les parlementaires bretons sont les mieux placés pour relayer cette demande auprès du Ministère de la Justice. Et ceci pourrait être utilement associé en même temps et dans la même logique politique à la signature par la France de la Chartre européenne des langues régionales, ainsi la France pourrait permettre la mise en œuvre d'un traité européen qui éviterait ce genre de blocage et redonnerait toute la place qu'elle mérite à la langue bretonne.

Pour terminer j'apporte tout mon soutien à la famille du petit garçon qui porte un beau prénom héritier de notre histoire culturelle et porteur d'une vision d'avenir pour la Bretagne.


 

Isabelle Le Bal

Conseillère régionale de Bretagne

1ère Adjointe au Maire de Quimper

Tag(s) : #le tilde sur le n

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